Edito du 31/12 : la joie de Noël

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Dieu, lui, ose la limite ! A Noël, le Créateur du ciel et de la terre se fait petit enfant.

« Il faut se méfier des ingénieurs : ça commence par la machine à coudre et ça finit par la bombe atomique ! »

Avec humour, Marcel Pagnol pointe du doigt une vraie question : ces formidables progrès techniques qui nous permettent d’avoir tout, tout de suite, partout, sont-ils toujours de vrais progrès ? Quelles limites devons-nous nous imposer et dans quels domaines ?

Au niveau de l’écologie, nous prenons de mieux en mieux conscience que la logique de la croissance infinie met en danger l’équilibre de la nature, et donc l’avenir même de la vie sur notre planète. Il apparaît donc évident que des limites sont indispensables, et que cela a des conséquences sur nos modes de vie. En revanche, pour ce qui concerne le respect de la vie et les questions de bioéthique, notre société est encore loin de consentir à se limiter. La loi, qui devrait nous protéger, ouvre au contraire sans cesse de nouvelles possibilités qui mettent en danger toute l’humanité.

Dieu, lui, ose la limite ! A Noël, le Créateur du ciel et de la terre se fait petit enfant. Lui, l’Eternel, accepte la limite du temps, une courte vie d’une trentaine d’années, et l’expérience de la mort, la limite absolue. Lui, le Tout-Puissant, accepte la limite de l’espace ! (…)

Accepter des limites, ce n’est pas restreindre notre liberté mais, au contraire, découvrir le cadre dans lequel elle va pouvoir se déployer. Le plus libre n’est pas celui qui se croit tout-puissant et qui satisfait toutes ses envies, mais celui qui a le cœur ouvert. Les vraies limites, ce ne sont pas celles des conditions extérieures, de notre quotidien, de nos moyens, mais nos manques d’amour, nos replis sur nous-mêmes.

Vivons Noël avec et comme Jésus. Consentons aux limites de notre existence, aimons-les, et découvrons que, là où nous sommes, le champ de l’amour est infini. Résistons à la publicité et à tout ce qui nous rend esclaves de nos désirs, de nos pulsions, de nos péchés. Restreignons nos petites envies pour déployer nos vrais désirs, nos grands désirs, ceux de paix, de justice, de fraternité ! Choisissons la qualité de l’amour plus que la quantité de plaisirs qui nous laisseront toujours tristes.

La vraie joie, nous la trouverons en nous donnant chaque jour, simplement, humblement, malgré nos limites. Le prophète Michée disait : « Homme, le Seigneur t’a fait savoir ce qui est bien, ce qu’il réclame de toi : rien d’autre que pratiquer la justice, aimer avec tendresse et marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6,8). Le Christ est à nos côtés sur ce chemin. Ne serait-ce pas cela, la joie de Noël ?

+ Sylvain Bataille, Evêque de Saint-Etienne