La jeune femme était assise, les paumes ouvertes sur les genoux pour recevoir le sacrement des malades. Elle était l’une de mes amies de jeunesse. Lorsque le prêtre se mit à parler, elle leva les yeux vers lui. Avec émotion, je retrouvai, intact derrière le masque de la souffrance, l’éclat du regard assoiffé de Dieu. Combien d’années étaient passées ? Vingt ans d’offrande de soi : de linge à plier, de leçons à faire réciter, Vingt ans de nuits à se lever… J’ai fait tant de sacrifices dont nul ne sait le prix, et me voilà vidée comme une outre percée et inutile. Et Dieu ? Ne T’ai-je pas, Seigneur, cherché de tout mon être ? N’ai-je pas voulu aimer comme Tu le commandes ? Peut-être me suis-je trompée… Peut-être ai-je gaspillé ma vie en vain. Est-ce Toi qui détournes de moi ta face ? Ou moi qui ai perdu ta grâce ? » Et puis un jour, tout a craqué. La vague de l’épuisement a effondré la courageuse maman. Ce matin, les mains béantes, le regard élevé vers les hauteurs, elle espère le secours divin.
« C’est difficile d’aller à la messe le dimanche, me confia-t-elle un peu plus tard. Cela creuse encore mon isolement. » Quelques jours après, une maman endeuillée d’un enfant me fit la même confidence : « Le pire jour, c’est le dimanche. Au retour, je n’arrive plus à accepter ma propre vie. » J’entendis ensuite le constat identique d’une femme quittée par son mari : « Les dimanches où je n’ai pas les enfants, aller à la messe est éprouvant. Je me sens affreusement seule. »
Cela ne nous fait-il pas réfléchir ? Comment les souffrants sont-ils accueillis dans nos communautés le dimanche ? Comment regarde-t-on ceux qui n’en peuvent plus ? Les remarque-t-on seulement ? Savons-nous que notre voisine de banc n’a pas ses enfants parce qu’ils sont chez leur papa et qu’elle va rentrer en s’essuyant les yeux pour manger son plat Picard ? Savons-nous que cette famille traverse une période difficile, qu’elle a besoin d’aide ? Pensons-nous que tel couple songe à un bébé perdu en voyant notre poussette ? Comment le dimanche peut-il devenir un moment où les peines et les joies sont portées les uns par les autres ? Nous ne communions pas pour un simple tête-à-tête avec Jésus. Nous communions à Jésus pour entrer dans son amour même pour tous. Comment cela peut-il se traduire en des gestes concrets d’attention, d’accueil mutuel ou de service ?Ce dimanche, n’élargirions-nous pas l’espace de notre tente, afin d’éprouver que la paroisse est une famille ? Qu’ensemble, nous portant les uns les autres dans la prière, la charité en actes, la présence de Jésus soit notre joie, le feu qui nous réchauffe.
FAMILLE CHRETIENNE • N°2492 • DU 18 AU 24 OCTOBRE 2025









